Tour du monde d’une écovolontaire : la maison aux iguanes au Honduras (14)

Recyclage des déchets dernier acte
Le dépôt de la mairie est dégagé et quelques sacs nous attendent, bon c’est pas trop mal cette fois-ci, même si les Utiliens ont du mal à comprendre que nous faisons cela gratuitement, pour l’environnement, sans échange marchand. Un père de famille demande si nous pouvons acheter ses bouteilles en plastique. Nous lui expliquons notre démarche en l’incitant à déposer ses bouteilles devant le dépôt pour le recyclage… il ne le fera pas. Au Honduras, la priorité est de sortir de la pauvreté matérielle. Faire du bénévolat reste un luxe.

Dernières expéditions. En kayak à travers la mangrove, par un canal creusé au Moyen Age par les pêcheurs, avec un retour plutôt sportif sous l’orage. A pied au sommet de Pumpink Hill où je profite du vol des vautours, dans la mangrove pour recenser les iguanes.
Dernière soirée utilienne, au Treetanic, un bar rocambolesque à l’architecture pour le moins originale, avec ses passerelles et ses milliers de pierres incrustées dans les murs. Nous savourons notre bière sous un arbre à pain profitant de la légère brise qui souffle.

Dernier jour

Dernier jour. Article et coq au vin, journée très chargée. Je commence par écrire l’article. Mes informations sont recoupées trois fois, si c’est pas beau ça !
Je me lance dans la cuisine vers une heure de l’après-midi après avoir rassemblé tous les ingrédients ce qui m’a demandé du temps. En fait de coq, je n’ai trouvé qu’un poulet congelé, j’ai remplacé les lardons par du bacon, les herbes de Provence par des feuilles dont l’odeur me semblait proche. Quant au vin, je me suis rabattue sur un vin chilien bien corsé qui je suis sûre fera bien l’affaire.
Toute l’après-midi je fais des allers-retours entre l’ordinateur et la marmite. Sur le coup des 15 heures, une odeur envahit toute la station. C’est gagné pour le coq au vin. Le voisin, intrigué, demande à quoi ça sent. « Ce n’est rien c’est juste de la cuisine française » lui répond-on.
Repas à la française le soir autour de la table de la salle d’exposition.
Vers 22 heures, les éclairs déchirent le ciel de leurs lames acérées, et illuminent la voûte céleste. La nuit est violacée, électrique, la foudre frappe de toute part, au nord comme au sud. Pas d’échappatoire. Je commence à me demander si le petit avion qui doit m’amener jusqu’à San Pedro de Sula va décoller.
Bercés par les mouvements de la balancelle de la terrasse, à l’étage, nous contemplons cette scène où les forces de la nature semblent mener un combat qui nous dépasse. La pluie s’abat avec une rare violence, elle fouette la maison, les portes claquent.
23 heures, je m’endors me persuadant que demain il fera beau.
3 heures du matin, il pleut toujours autant, à chaque coup de tonnerre, toute la maison de bois tremble. Dans ma chambre, le sol est trempe. Je commence à élaborer différents scénarios, dans le cas où l’avion ne décollerait pas. Aucun ne me satisfait. J’ai toujours la possibilité de prendre le ferry et un bus à La Ceiba, mais traverser le Honduras par des routes ravagées par la pluie ne m’enchante pas. 4 heures… toujours pareil, il s’agit bel et bien d’une tempête.
6 heures du matin. J’ouvre l’œil, il semble qu’il y ait une accalmie. Je dis au revoir à toute l’Iguana Station Family qui s’est levée afin de me souhaiter bon courage pour la suite. Je salue Rosalita et laisse mon vélo fou, celui qui va plus vite que les avions et qui traverse les torrents de boue.

Retour sur le continent

Je suis la seule à attendre pour embarquer sous un abris de fortune. Le décollage est prévu à 7h30. 7h40, seuls les hérons volent au-dessus de la piste. 7h45, un homme se pointe dans une voiture de golf et accroche une étiquette à mon sac à dos. Il m’affirme que l’avion arrive, ce qui est le cas quelques minutes après.
– Le pilote se retourne et me salue d’un « Buenos dias senorita ! » avec toute la jovialité d’un latin.
-« Buenos dias » lui répondis-je surprise de ne voir que deux individus dans les rangs des passagers.
Nous allons à Roatan chercher d’autres personnes… ça devrait aller jusqu’à La Ceiba
Et pour San Pedro de Sula ?
Ça devrait aller aussi, il suffit de passer la montagne !
Roatan, La Ceiba… nous volons depuis une vingtaine de minutes dans une masse cotonneuse sombre. Le pilote surveille en bas, à droite à gauche…Pas de doute, il navigue à vue… Les minutes s’écoulent lentement, très lentement, les secousses sont sèches et brutales.
« Bon voyage sénorita, »
« Adios senior, muchas gracias» je réponds… merci de nous avoir tous amené à bon port, en vie… San Pedro de Sula, Miami, je ne compte plus les heures de vol. Le soir, vers 21 heures j’embarque enfin pour Santiago du Chili, la bouche déjà pâteuse, le corps las et fatigué à l’idée des prochaines heures à passer dans l’avion.
Laurence Dupont

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