Tortues au Costa Rica : J’ai testé une mission à Matapalo

Bébé tortues Costa Rica
Les bébés tortues regagnent le large.

Parmi les nombreuses missions d’écovolontariat au Costa Rica, j’ai testé une mission de protection des tortues de mer pendant dix jours sur la côte Pacifique, à Matapalo. J’y ai vécu des moments magiques, certes, mais le projet présentait également quelques dysfonctionnements.

Le Costa Rica est réputé pour sa biodiversité. Il est une destination de prédilection pour les voyageurs passionnés par la faune sauvage. Situé au coeur de l’Amérique Centrale, entre le Panama et le Nicaragua, le Costa Rica se distingue pour avoir élaboré une politique de protection de la biodiversité depuis de nombreuses années.
Les projets de préservation de l’environnement, de protections des espèces qui peuplent le pays de la Pura Vida, foisonnent.
Le Costa Rica apparaît, de la sorte, comme un petit paradis pour les écovolontaires. Vous n’aurez aucun mal à trouver une mission d’écovolontariat dans un refuge pour la faune sauvage ou en milieu naturel. Parmi les missions les plus en vogue, on notera les projets de protection des tortues marines.
Les plages du Costa Rica sont connues pour accueillir pas moins de sept espèces de tortues de mer qui reviennent pondre sur leur lieu de naissance. Selon les saisons, vous pouvez les observer sur certaines plages du Pacifique ou de la mer des Caraïbes.

La mission que j’ai testée sur dix jours se trouve côté Pacifique, sur la plage de Matapalo, à environ 3/4 d’heure du Parc San Manuel Antonio.

Objectif de l’association : la sauvegarde des tortues

Nurserie Tortues de mer
Au sein de la nurserie, les oeufs sont gardés 24h/24.

L’association que j’ai choisie est connue sous le nom de Tortugas de Pacuare, ou ASVPO. Elle travaille sur trois sites différents, dont deux côté mer des Caraïbes.
Son projet porte essentiellement sur la sauvegarde des différentes espèces de tortues marines, mais également sur l’étude des animaux sauvages. Sur le site de Matapalo, il existe un projet tortue, ainsi qu’un projet sur l’étude des paresseux.
Les tortues marines, qui peuplent la terre depuis plus de 200 millions d’années, sont aujourd’hui en danger d’extinction. Leur population subit une baisse drastique depuis quelques décennies en raison de différents facteurs dont :
Les prédateurs naturels, parmi lesquels les chiens qui déterrent les nids de tortues sur les plages.
Le braconnage qui s’exerce sur les oeufs de tortues, réputés pour leurs qualités gustatives et les tortues adultes capturées puis vendues sur le marché illégal.
La pollution des océans, notamment celle causée par les sacs en plastique. Les tortues confondent les sacs en plastique avec les méduses et s’intoxiquent.
L’urbanisation des sites de ponte. Les constructions balnéaires, les lumières de la côte, les voitures et motos sur les plages sont autant d’obstacles à la ponte des tortues.

A Matapalo, la saison des tortues commence début septembre pour se terminer fin janvier. L’espèce qui revient pondre chaque année est la tortue Olivâtre, qui doit son nom à la couleur olive de sa carapace.

Action des volontaires pour les tortues et leurs oeufs

Oeufs de tortue
Oeufs de tortues de mer.

Pendant la saison des tortues, le travail des écovolontaires au sein de l’association se décompose en trois parties : les patrouilles de nuit, la garde de la nurserie et la mise à l’eau des bébés tortues après éclosion.

Pour augmenter le taux de survie des bébés, les volontaires patrouillent la nuit à la recherche de tortues adultes qui pondent. Lorsque celles-ci regagnent la mer, ils récupèrent les oeufs (plus de cent parfois) et les transportent jusqu’à la nurserie. Là, les oeufs sont enterrés jusqu’à leur éclosion. La nurserie est gardée 24h/24 et dès qu’il y a une éclosion, les bébés sont relâchées.

Pendant mes dix jours d’écovolontariat, mon travail était centré sur la garde des nids de tortues et l’éclosion des oeufs.
J’effectuais des gardes de 6 heures, par rotation, soit seule, soit avec un/une autre volontaire. La répartition des gardes était comme suit : 6h – 12h / 12h – 18h / 18h-Minuit / Minuit-6 h.
Pendant ces longues heures de garde, nous devions rester en éveil afin de ne pas rater une éclosion sous peine de laisser les tortues sécher au soleil ou se perdre dans le sable, car la nurserie est clôturée.
Relâcher ou transporter des oeufs de tortues demande d’appliquer un protocole bien précis. Dès qu’une tête pointait son nez, il fallait être prêt à agir vite, surtout par journée ensoleillée. En effet, en plein soleil la tortue pouvait mourir en dix minutes si nous ne la mettions par très vite dans un saut rempli de sable et d’eau.
La mise à l’eau des bébés tortues demandait également patience et agilité. Naturellement guidées par le ressac, certaines étaient plus robustes que d’autres et regagnaient l’océan avec facilité. Les plus faibles mettaient plus de temps à s’orienter et à acquérir la force nécessaire pour nager à contre courant et regagner le large.
Notre rôle consistait à les accompagner, les guider dans leurs premiers pas vers l’océan et leur longue vie avant qu’elles ne reviennent pondre à leur tour.

Avis sur la mission d’écovolontariat à Matapalo

Tortues de mer
Relâcher des tortues de mer au coucher du soleil restera un souvenir magique.

> Les points positifs

  • Le site : la plage de Matapalo est une longue étendue de sable noir avec de fabuleux couchers de soleil. Pendant les gardes de nuit à la nurserie, installée sur la plage, je profitais d’une atmosphère unique, au clair de lune, bercée par les rouleaux.
  • Relâcher des tortues est très émouvant. Accompagner des bébés vers le large est une expérience unique qui ne vous laisse pas indifférent. Toutefois, l’expérience que j’ai vécue était très différente des images généralement diffusées sur les écrans, où le téléspectateur aperçoit des centaines de bébés tortues avançant vers le large avec vigueur et aussitôt fauchés par des oiseaux. A Matapalo, les petites tortues olivâtres sont encore toutes engourdies à la naissance. Elles avancent très lentement, se font rejeter à terre par les vagues et les principaux prédateurs sont les touristes avec leurs pieds et leur smartphone.
  • Il y avait du temps libre, ce qui m’a permis de visiter les alentours.
  • Le coût de la mission. 20 euros logés avec trois bons repas par jour.

> Points négatifs
Malheureusement, j’ai relevé des dysfonctionnements dans cette mission d’écovolontariat. Si la liste des points négatifs n’est pas très longue, elle concerne cependant un certains nombre de points clefs.

    • La saison. J’y étais à la fin de la saison des tortues, en janvier. Il n’y avait pas de patrouille de nuit. J’ai pu néanmoins assister à des éclosions et relâcher des tortues.
    • Les locaux. La maison des écovolontaires est très très spartiate… D’ici six mois, l’association compte toutefois déménager à une centaine de mètres.
    • Le manque d’encadrement. Le responsable du projet, qui par le passé était toujours présent sur les lieux, ne vient quasiment plus. Cela ne serait pas un problème si l’encadrement était assuré par ailleurs. Même si une coordonatrice des écovolontaires était présente, les volontaires étaient un peu livrés à eux-mêmes. Les consignes sur le travail et les règles à respecter pour relâcher les tortues n’étaient pas toujours très claires et donc pas respectées.
    • La sécurité. Nous nous retrouvions souvent à deux femmes, la nuit, en train de garder les oeufs sur la plage, complètement isolées, sans possibilité de donner l’alerte en cas de problème (avec des talkies walkies par exemple). Or, même si le Costa Rica reste un lieu sûr pour voyager, ll est déconseillé, pour une femme, d’être sur une plage la nuit. A chaque garde de nuit, des personnes plus ou moins recommandables sont passées. Et une nuit, deux volontaires ont été menacées par un couteau et dévalisées.

Lors d’une réunion plusieurs volontaires ont abordé avec le responsable du projet ces points de dysfonctionnement. La discussion a été houleuse au début, mais le responsable a fini par être l’écoute. Il a affirmé avoir pris en compte les remarques des écovolontaires et a même proposé à l’une d’entre nous de revenir gratuitement d’ici quelques mois, en pleine saison pour constater l’évolution…

Laurence Dupont

alturas wildlife sanctuary
Un paresseux au Alturas wildlife sanctuary.

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Destination phare de l’écovovageur, le Costa Rica abrite de nombreuses associations de protection de la faune et de la flore. Découvrez l’Alturas Wildlife Sanctuary, un sanctuaire d’animaux sauvages qui se visite en journée et qui accueille des écovolontaires. Sur place, les animaux sont soignés à la clinique par des vétérinaires spécialisés dans la prise en charge d’animaux sauvages. Certains animaux seront relâchés dans la jungle et retrouveront leur liberté, alors que d’autres, victimes de blessures trop importantes, resteront, à vie, au sein du sanctuaire dans l’un des 75 enclos.

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