Sur les pas de Bruce Chatwing

Chili : la traversée du mythe patagon (5). Sous la tente plantée au cœur de la forêt formée d’arbres rabougris sculptés par le vent, je renoue avec ces racines archaïques qu’est la marche. Simple mouvement certes, à porté de tous, ou presque, qui façonna néanmoins la condition humaine. Depuis la nuit des temps l’homme avance là où sont regard s’est un jour posé. A chaque pas, le présent né puis se dérobe laissant dans son sillage de simples traces, des pans entiers de certitudes s’écroulent, de nouvelles perspectives apparaissent, l’horizon de nos pensées recule.  A chaque foulée, petite ou grande, solide ou fragile, des points surgissent  sur les cartes avec des territoires inconnus remplis d’espoir et de promesses. Oui, voyager change une personne. Bouleverse parfois.
Bruce Chatwing, c’est infatigable voyageur propose un véritable hymne à la marche et au nomadisme dans son « Anatomie de l’errance ». « Cette pulsion, lorsqu’elle est réprimée par les conditions de la sédentarité, trouve des échappatoires dans la violence, la cupidité, la recherche du statut social ou l’obsession de la nouveauté… Les drogues sont des véhicules pour des gens qui ont oublié comment on marchait », conclut-il dans ce recueil publié sept ans après sa mort, fruit d’une vie d’aventure.

Le soir, près du lac, la lumière est exceptionnellement belle, les rafales soulèvent les embruns qui s’abattent sur les rives, les arcs-en-ciel se forment et disparaissent presque instantanément. Sur la plage de galets, je joue avec deux autres hurluberlus à cache-cache avec les embruns. La température chute dans la nuit, il neige sur les cimes, je superpose les polaires bien enfoncée dans mon duvet. Premier coup de froid après quatre ans passés sous les tropiques, j’évacue de longs mois de moiteur.
La dernière journée de marche se déroule sous un léger crachin, les nandus et les guacanos courent au loin, le condor seigneur des Andes déploie ses ailes. Je déploie ma veste, qui n’est pas étanche. Ce n’est pas grave ce soir je serai à l’auberge et pourrais échanger au sec mes impressions autour d’un mate.

Laurence Dupont

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