Patagonie : le chant du Perito Moreno

Argentine : la traversée du mythe patagon (6)
Cap au nord.
Après quelques heures de route le bus roule dans la steppe patagonienne en Argentine. Paysage aride à perte de vue formé de plantes xérophiles, adaptées à des conditions climatiques rudes. Nous roulons sur des terres encore sauvages, colonisées il y a moins de cent ans par des éleveurs qui alimentaient la Grande Bretagne en laine. Les fameuses haciendas qui peuvent s’étaler sur plusieurs milliers d’hectares et construites au début du XXe siècle sont encore là avec leurs moutons.
La faune est particulièrement riche. La quantité de moutons aide à la survie d’un nombre important d’oiseaux de proie se nourrissant de carcasses.

Les haciendas de la Pampa

Les vautours tournoient dans le ciel par dizaines. Ils sont plusieurs  à s’ébattre autour d’une bête morte. Le bus croise un festin de rapaces au milieu de la très caillouteuse route N°40 qui court du nord au sud de l’Argentine en longeant la cordillère des Andes. Apparemment elle n’a jamais été goudronnée, nous sommes vraiment dans la partie oubliée du pays.
Plus loin, un vol de flamands de Patagonie attirent le regard, puis un guanaco lancé à pleine allure à travers la steppe. Il ne manque plus que le très discret puma dont on parle beaucoup, mais que personne ne voit. Pourtant il existe bel et bien et les éleveurs du coin n’apprécient pas vraiment sa présence et encore moins la loi qui le protège. Il peut tuer la moitié d’un troupeau en une nuit. Au début du siècle, dans les haciendas, tué le puma était un travail, une lourde tâche confiée à un employé.

Rien ne semble arrêter l’élan de vie, la fureur de cette pampa argentine, pourtant désolée et aride, théâtre de conflits, de règlements de compte, réceptacle de l’anéantissement d’un peuple, celui des indiens Telhueche, de ces géants au faciès, paraît-il, aussi triste que la steppe.

El Calafate et le Perito-Moreno
Au milieu de la pampa, de cette terre dure au caractère bien trempé, surgit El Calafate, fleuron touristique patagon choyé par les Argentins qui se remettent tout doucement de la crise. Ici, toute l’Europe débarque pour faire allégeance à la star du coin, le glacier Perito-Moreno. Un des plus grands, certes, mais surtout le plus accessible au commun des mortels. A quatre-vingt kilomètres d’El Calafate, Perito-Moreno, le cousin de Pie XI, s’offre aux visiteurs avec son interminable langue de glace ciselée aux reflets bleus. Les bipèdes que nous sommes restent ébahis devant cette scène, n’en pouvant plus de fierté d’assister de si près à un tel phénomène. Ces blocs de glace plongeant dans une sonorité apocalyptique, au sein d’un lac à la couleur laiteuse semblent tout droit sortis d’un récit biblique.

glacier patagonie Perito-Moreno
Difficile de choisir une image, les mots justes pour décrire ce phénomène titaneste. Si la plupart d’entre nous reste de longues minutes devant la star, la photographiant sous tous les angles, d’autres l’étudient, voire partent à l’assaut de la bête armés de crampons métalliques et de piolets.
Ces glaciers de la calotte sud-américaine ne laissent jamais le voyageur de marbre. Beaucoup, une fois de retour dans leur auberge, camion aménagé ou maison ressentent cet inexplicable désir de mettre en phrases ces géants patagons. Chacun y va de sa plume, morceaux choisis :

– « Le bruit d’un glacier qui craque est impressionnant. Combien de fois avons nous suspendu nos phrases, retenu notre souffle, pour laisser le glacier s’exprimer. Ce glacier est bel et bien vivant » un blogeur globetrotter ;

– « Observer l’immensité du Périto Moreno dans toute sa grandiose manifeste est déjà une expérience unique au monde (…) Il faut sentir le vent, écouter le fracas assourdissant des glaces qui se rompent dans un nuage vaporeux d’eau glacée qui rejaillit sans trêve », Le Petit Journal.

– « Ça claque, ça pète de partout, le moindre morceau de glace qui tombe on a l’impression que c’est une voiture qui s’écrase… », un tourdumondiste en année sabbatique.
– « Il vibre, gronde, craque, laissant se détacher du front qui donne sur le lac argentino des blocs qui se fracassent en tombant dans l’eau et forment des icebergs aux formes animales (…) Vivant, on le sent vivant », Le Monde.

Laurence Dupont

>>Lire la suite du tour du carnet de route en Patagonie

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