Australie : la piste du désert et le Temps du Rêve (1)

iga warta le temps du rêveJeudi 1er mars  6 heures du matin à Adélaïde. Je rejoins un groupe et m’apprête à passer dix jours dans l’outback australien entre Adélaïde et Alice Spring. Nous sommes dix à l’appel, un couple de français qui voyage autour du monde, Galapagos, Antarctique, île de Pâques, ils ont fait tous les sites mythiques de l’Amérique du Sud et du Pacifique. Deux Anglaises qui effectuent elles aussi un tour du monde en solo, mais dans l’autre sens, un jeune Hollandais, un Israëlien, deux Allemandes  et Placido, un Italien de 60 ans passé qui réalise un vieux rêve. Il ne parle pas un mot d’anglais et personne ne parle italien.
Notre guide s’appelle Simon, un baroudeur de l’outback. Son corps est comme un livre ouvert.
– « Chaque tatouage représente une étape de ma vie » lâche-t-il . Je lui demande quel est le dernier,
D’un simple geste il montre celui où il est écrit « live »….
Il reste silencieux sur la tête de mort, il dira par la suite qui a perdu beaucoup de proches… mais « c’est pas grave » précisera-t-il.
Nous nous entassons dans un 4X4 à la climatisation faiblarde, prenons la route et commençons notre enfoncée dans l’outback australien par des pistes parfois défoncées lors d’inondations, jusqu’aux caves de Yourambulla avec leurs peintures rupestres.
Nous foulons les terres sacrées des Flinders Ranges toujours accompagnés de Simon qui tente au fil des heures de nous faire saisir « l’esprit des lieux » à travers les légendes aborigènes.
lac de sel australie
Il trace sur la terre des formes abstraites, censées illustrer les actes de création des ancêtres, dont l’esprit est encore dans la nature. Alors, les parois de Wilpena Pound dans les Flinders Ranges sont sorties de terre lors d’une cérémonie d’initiation, par le corps de deux serpents se lovant et provoquant une tempête. Le feu, les arbres, les montagnes, les oiseaux, chaque élément est animé.
« Le blanc, c’est la mort, l’ocre la Terre Mère »

Nous sommes assis en rond sur de la terre battue à l’ombre d’un conteneur qui récupère les eaux de pluie. Mes yeux suivent les différents tracés de Simon sur le sol, j’essaye de trouver un fil conducteur, une logique qui me permettrait d’approcher cette spiritualité si particulière. En vain. C’est dans le flou le plus total que je fais mes premiers pas sur les song’s lines.

« Le blanc, c’est la mort, l’ocre la Terre Mère, le rouge la connexion avec la Terre et le jaune un nouveau départ. » L’aborigène qui me peint le visage appartient à la tribu des Adnyamathanha, à Iga Warta. Il me fixe du regard et me salue d’un  « You are ready for a new start.»
Depuis le début de mon périple, je côtoie des individus qui ne cessent d’œuvrer, de crier à qui veut bien l’entendre, à leur façon, qui l’est urgent de rétablir un lien profond avec la Terre sans quoi il est impossible de la respecter.
Il était aussi question de ce lien spirituel lorsque Franjo du centre de sauvegarde des vautours de Caput Insulae expliquait le symbolisme des labyrinthes aux bénévoles. Lui aussi, avec sa propre culture, faisait vivre toute la nature lorsqu’il se promenait dans les sentiers de l’île de Cres.

Revenons au village d’Iga Warta, où vivent les Aborigènes Adnyamathanha.
A l’origine, une poignée d’hommes souhaitait, du fond de leur cœur, vivre libres. Pour cela, ils se transformèrent en arbres : Iga Warta signifie littéralement arbre/homme. Ainsi transformés, ils étaient sûrs de ne jamais suivre un autre homme qu’eux-mêmes.
Petit à petit, les habitants suivirent le chemin tracé par ces arbres. Quel chemin ? Leur propre chemin. Comment ? En respectant la nature.
Le soir, autour d’un grand feu de camp, Vincent, Vince, Cliff, Terry, nous éclairent sur leur façon de vivre et sur le lien qui les lie aux sites sacrés. Pour eux, la terre est la source de toute énergie.
Nous chantons, dansons, rions aux éclats, sur cette parcelle posée au nord des Flinders Ranges, l’une des plus vieilles chaînes de montagne au monde, d’un point de vue géologique. L’un des premiers sommets à avoir émergé de l’océan. Pour les Adnyamathanha, c’est ici que tout a commencé. Ils croient que les touristes ne viennent pas par hasard, mais seraient d’anciens habitants.

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