Tour du monde d’une écovolontaire : le souvenir des enfants prisonniers

port-arthur prisonCertains lieux de ce monde ne laissent pas indifférent.  Port Arthur, au sud de la Tasmanie est l’un de ceux là.
Dans cet ancien centre pénitencier de la couronne d’Angleterre, étaient envoyés les récidivistes de la colonie au XIXe siècle. Nous nous  dirigeons vers la péninsule de la ville-prison à la situation géographique parfaite, pour toute tentative d’évasion. La bande de sable reliant la ville de Port Arthur à la Tasmanie était gardée par des chiens féroces et la mer de Tasman était infestée de requins.

Une terre meurtrie

Notre lieu de travail, l’ancienne prison des enfants, est une zone protégée. Aujourd’hui, le silence y est roi, la nature semble y avoir repris ses droits. La bise venue de l’Antarctique s’engouffre dans les cavités calcaires de la côte. Le ressac frappe ces falaises blanches d’où jadis des enfants se jetaient, espérant  fuir ainsi une vie de forçat. Le plus jeune des prisonniers n’avait que neuf ans. Cette terre meurtrie vous prend aux tripes, à chaque pas, il me semble entendre des cris et des pleurs de terreur que le monde ne doit jamais oublier, pour ne jamais recommencer. Notre mission est d’entretenir cette mémoire en dégageant une ancienne route, des murs, des fondations… Les cicatrices de la prison des enfants ne doivent pas disparaître.
« Nous devons laisser les ruines telles qu’elles sont, pour le souvenir… » explique Brad, l’un des responsables du site, tout en nous guidant sur ces fameuses falaises léchées par les déferlantes, comme si l’océan tentait  inlassablement de laver une plaît béante.

Près de 12 500 prisonniers
Dans la ville-prison de Port Arthur  près de 12 500 prisonniers auraient purgé leur peine entre 1830 et 1977.
Dès la fermeture de la prison, la région changea de nom et devint Carnavon. Pour oublier, et surtout reconstruire. Mais le passé ne tarda pas à resurgir, sous une forme plutôt inattendue : le tourisme.
Très rapidement l’histoire de la prison attira tellement de touristes que la ville reprit son nom de Port Arthur en 1927.
C’est à partir de ce moment-là que les anciens bâtiments furent dégagés et qu’un musée fut ouvert.
Port Arthur redora ainsi son blason sans renier son passé, jusqu’au jour où une autre tragédie vint endeuiller à nouveau toute la péninsule.
Le 29 avril 1996, eut lieu l’une des plus grosses tueries jamais commise par un seul individu au monde. Ce jour-là, Martin Bryant tua 35 personnes et blessa 37 autres, avant d’être capturé par les forces spéciales de la police. Un coup de folie. Aujourd’hui, il purge une condamnation à perpétuité réelle pour ce crime. C’est la fin de la journée. Alors que notre drôle de mission touche à sa fin, nous visitons cette étrange ville. Devant nous, une plaque avec les 35 personnes sauvagement abattues. Derrière, les ruines de la prison. Autour, des touristes par centaines.

Le tour des fantômes


Le soir nous avons droit, en remerciement de notre travail, à une visite guidée gratuite pour le moins originale : le tour des fantômes.
Cela se passe la nuit, à la lueur de trois torches, dans les maisons et les anciens bâtiments du pénitencier.
Dans la chapelle, de drôles de phénomènes se produisent avec la cloche. Nous suivons notre guide dans l’obscurité, prenons place dans une ancienne chambre à coucher, nous enfonçons dans des combles et des anciennes cellules. Tous ces lieux renferment leur lot d’histoires terrifiantes, d’objets volants, de personnages qui apparaissent en pleine visite guidée et repartent, de petite filles porteuses d’amour… Bref de fantômes… J’attends le moment, où par un moyen sophistiqué, un fantôme va apparaître, mais non.
« Nous ne sommes pas ici pour faire peur, précise le guide à la fin de la visite, nous ne sommes pas dans un parc d’attractions… Il y a eu des morts ici, beaucoup de souffrance. On ne sais pas vraiment pourquoi ces personnages reviennent. Ce soir, ils n’étaient pas là, demain, ce sera différent. » Nous retournons à notre maison, une belle demeure de style colonial, ancienne auberge de jeunesse aujourd’hui fermée… On ne sait pas trop pourquoi, le quartier sans doute…

Laurence Dupont

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