Lettre ouverte à Envoyé Spécial : « Élise Lucet, attention aux amalgames ! »

Mélanger le trafic d’enfants avec le tourisme pour l’environnement, ça me fait réagir ! Alors je me permets d’écrire une lettre à Élise Lucet car, j’ai trouvé que la jeunesse n’était pas bien traitée dans la dernière émission d’Envoyé Spécial.

« Chère Élise Lucet,
Je m’appelle Laurence, créatrice d’eco-volontaire.com, un blog de voyage sur l’écovolontariat et le voyage nature.
J’ai regardé avec intérêt votre documentaire sur le volontourisme, diffusé sur France 2 dans l’émission « Envoyé Spécial » du 2 mars 2017. Il existe malheureusement une dérive appelée tourisme humanitaire, ou volontourisme. D’ailleurs, humanitaire et tourisme peuvent-ils se conjuguer sans effets pervers ?
En ce sens, j’ai particulièrement apprécié le travail de votre équipe de journalistes qui se sont déplacés pour mettre à jour un trafic d’enfants. Votre enquête montre l’inacceptable, et ce, sous couvert de bonnes intentions. Bravo !
La où je vous suis moins, c’est sur le malheureux amalgame qui a été fait, dès le début du reportage, de toute forme de tourisme utile avec ces faits d’une extrême gravité.

 » L’amalgame il est là « 

Je cite : « Tous ont d’abord passé une semaine en Thaïlande soigner des éléphants dans un refuge… » Donc, on commence par soigner des éléphants en Thaïlande pour, dans un second temps, participer au trafic d’enfants malgré nos bonnes intentions.
L’amalgame, il est là. Essayez de ne pas associer des personnes qui s’engagent pour l’environnement au trafic d’enfants.
Il se trouve que lorsque j’ai visionné votre reportage, j’étais en Thaïlande et je revenais d’un camp de protection d’éléphants.
Voilà ce que j’ai pu observer dans ce camp. Une femme, Lek Chailert, qui m’avait été recommandée par une amie du Myanmar elle-même ambassadrice de la protection des éléphants.
Lek Chailert se bat depuis vingt ans pour en finir avec l’exploitation des éléphants dans l’industrie du tourisme. Au début, elle recevait des menaces, sa communauté était contre elle. Mais aujourd’hui, elle a réussi le pari de transformer une industrie maltrainte avec les éléphants, en un tourisme durable et utile pour l’environnement. Sa fondation, qui fait aujourd’hui école dans toute la Thaïlande, repose, en partie, sur le volontariat.
Son travail a heureusement fini pas être reconnu à l’international.
Chère Élise Lucet, des Lek Chailert, dans le monde, il y en a beaucoup.

« Décourager ainsi les jeunes animés d’un élan de solidarité, attention danger »

Alerter les jeunes sur les effets pervers d’un tourisme utile oui, c’est tout en votre honneur. Une forme de business existe aussi dans l’écovolontariat, d’où l’intérêt de poser les bonnes questions avant de s’engager. Mais mettre toute forme de volontariat lié au tourisme dans le même panier et décourager ainsi les jeunes animés d’un élan de solidarité internationale, attention danger.

La jeunesse que je rencontre et avec qui je suis en contact depuis maintenant plus de dix ans à travers les missions d’écovolontariat, est une jeunesse altruiste, tournée vers le monde et très respectueuse des différences de cultures et de religions. C’est une jeunesse contre les multiples murs qui se dressent actuellement dans le monde.
Or, dans votre reportage, je n’ai pas senti de regard positif sur cette jeunesse-là.
Savez-vous que dans de nombreux pays une mission de volontariat réalisée dans un cadre touristique est très valorisant sur CV et peut être considérée comme une expérience professionnelle ? En France non.
Le jeune, qui après une expérience à l’étranger grâce notamment au Visa Vacances Travail, se désespère une fois de retour en France et finit par repartir car « son expérience n’est pas valable, n’est pas bien  » est une histoire que j’ai trop entendue. Ramasser des kiwis en Nouvelle-Zélande, s’engager deux mois au Costa Rica pour sauver des tortues, voyager quelque temps pour se connaître, se former à la nutrition Australie, sont des expériences qui manifestement ne sont pas prises au sérieux en France. Peut-être parce qu’elles sont associées au plaisir. Pourtant ce jeune, qui pourrait s’appeler Samir, Williams, Mégane, Marine cherche à inventer le monde demain.

« Il ne faudrait pas qu’elle se renferme sur elle-même et soit attirée les extrémismes de tout poil »

Je suis persuadée que votre intention n’était pas de montrer une jeunesse naïve et bêbête qui ne pense qu’à elle. Mais malheureusement, c’est ce qui est ressorti de votre documentaire.
Alors oui, continuez à dénoncer, Élise Lucet, mais attention à ne pas culpabiliser cette jeunesse-là en particuliers. Celle qui parle plusieurs langues, qui a des élans solidarité, qui est sensible aux inégalités, qui a une conscience aigüe des problèmes environnementaux de notre planète. Il ne faudrait pas qu’elle se renferme sur elle-même et soit attirée les extrémismes de tout poil.  »

Laurence Dupont

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