La collapsologie, on en parle

collapsologie
Photo prise sur une plage du Honduras, dans la mer des Caraïbes.

Effondrement. Ce signifiant qui infiltre le langage doucement mais sûrement depuis trois années, se taille désormais une petite place dans les médias. La canicule de l’été 2018 ainsi que la démission de Nicolas Hulot aidant, le thème d’un éventuel effondrement de notre civilisation industrielle dans un avenir proche, commence à être abordé ouvertement dans la presse grand public.
Au début de l’été, à l’occasion d’un Facebook live, Edouard Philippe accompagné de Nicolas Hulot, a même avoué être obsédé par la question du déclin des civilisations, à la suite de la lecture de l’ouvrage de Jared Diamond : «Effondrement » . Cette ouvrage, traduit de l’anglais Collapse, « Effondrement », et écrit en 2005 par un enseignant en géographie, démonte les différents mécanismes qui ont conduit des civilisations entières à disparaître. Une analyse de haut vol qui fait dramatiquement échos à notre condition d’être humain sur Terre.

A l’origine du concept de collapsologie

Le néologisme collapsologie est inspiré du mot anglais collapse, lui même hérité du latin collapsus signifiant « qui est tombé d’un bloc ».
Cette trouvaille, nous la devons à Pablo Servigne, ingénieur agronome et docteur en sciences.
Avec Raphaël Stevens, il est à l’origine du concept de collapsologie, à savoir, selon la définition du scientifique : « L’exercice transdisciplinaire d’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle et de ce qui pourrait lui succéder, en s’appuyant sur la raison, l’intuition et des travaux scientifiques reconnus . »
Après un long travail d’analyse et de compilation des études sur les différents paramètres qui influent le cours de notre société (population, climat, ressources, pétrole, finance… ), les deux auteurs ont écrit, en 2015, « Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes ».
Cet ouvrage appréhende le monde en tant que système interconnecté en perpétuel mouvement. La conclusion des deux chercheurs est sans appel : les différents paramètres de notre civilisation industrielle sont au rouge et nous serions à la veille d’un effondrement systémique. Pablo Servigne utilise l’image d’une voiture tournant à plein régime avec le volant bloqué, dont la sortie de route n’augure rien de bon.

Pour ne rien vous cacher, la lecture de cet essaie n’est pas anodine, notamment lorsque les auteurs nous font comprendre qu’il est trop tard pour le développement durable. D’un coup, le voile se déchire pour entrevoir une réalité qu’il devient difficile de nier.

Que se cache-t-il concrètement derrière le mot effondrement ?

Nos auteurs ne sont pas devins et encore moins des adeptes de l’apocalypse. Le mathématicien et ancien ministre de l’écologie sous Lionel Jospin Yves Cochet, qui a préfacé l’ouvrage de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, explique que l’effondrement est «  le processus à l’issue duquel les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, etc.) ne sont plus fournis [à un coût raisonnable] à une majorité de la population par des services encadrés par la loi ». Pour, Yves Cochet, aujourd’hui président de l’institut Momentum, l’effondrement aurait lieu aux alentours 2030. Une date qui semble faire consensus dans le petit monde de la collapsologie. Toutefois, donner précisément le moment de l’effondrement reste une gageure tant la société dans laquelle nous vivons est complexe, de la même façon qu’il est difficile de savoir à quoi ressemblera le monde de demain. L’effondrement sera-il rapide ou le résultat d’un long processus ? Quels sont les signes avant coureurs ? Quelle sera l’étincelle ? Une crise boursière ? Le chaos social ? Une succession de catastrophes naturelles ?
Finalement, à y regarder de près, la fin de notre civilisation n’a-t-elle pas commencé ? C’est un peu l’hypothèse de Cyril Dion, co-réalisateur du documentaire « Demain » pour qui l’effondrement est déjà en cours.

Le rapport Meadows

Si nous remontons un peu plus loin dans le temps, dans les années 70, nous nous apercevons que cette notion de collapse de notre civilisation n’est pas nouvelle.
En 1970, avec les premières inquiétudes générées par notre modèle de développement, le Club de Rome demande à des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) un rapport sur l’évolution de notre civilisation. C’est le fameux rapport Meadows, sortie en 1972 et mis à jour au début des années 2000. Ce rapport appelé « Les limites à la croissance » a été conçu à partir d’un modèle informatique World3 dans lequel les chercheurs ont intégré différents paramètres de la société comme les ressources, l’agriculture, la population mondiale, l’industrie.… Après plusieurs mises à l’épreuve du modèle, celui-ci marquait clairement un effondrement aux alentours de 2030. Or, dans son modèle, Dennis Meadows n’avait pas intégré le réchauffement climatique.

L’effondrement et après ?

Parle-t-on de la fin du monde ? Certes non, mais d’une probable fin du monde que l’on connait oui. Les collapsologues mettent derrière le mot effondrement, la fin de la civilisation thermo-industrielle. Vous me direz, ce n’est pas la première fois qu’une civilisation disparaît. Sauf qu’aujourd’hui, le monde forme un système interconnecté, complexe et de plus en plus fragile.
Le livre « Comment tout peut s’effondrer » à l’intelligence d’aborder la question du collapse sous l’aspect émotionnel. Si ce mot peut résonner comme une fin de non recevoir, l’auteur fait comprendre qu’il existe un après effondrement, un après qu’il faut préparer dès maintenant, ne serait-ce que pour amortir le choc. Pour reprendre une des images de Pablo Servigne, prenons soin des petites pouces du développement durable pour qu’une fois le grand arbre à terre, elles puissent s’épanouir. « Quand on dit effondrement on dit forcément renaissance », explique-t-il dans la presse. Alors, permaculture, agro-écologie, low-tech, ferme urbaine, initiative pour la protection de l’environnement, tout est ouvert…

Quels récits pour demain ?

Les trois auteurs Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle sont allés plus loin dans leur réflexion sur l’effondrement avec l’ouvrage « Une autre fin du monde est possible, vivre l’effondrement et pas seulement y survivre » , sorti fin 2018, pour permettre aux lecteurs de regarder les catastrophes en face tout en imaginant un futur possible.
Parler de la fin de notre civilisation, s’est aussi aborder des sujets comme le deuil, la souffrance, notre finitude. Prendre conscience, avec son corps et son esprit, de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons, peut faire l’effet d’un tremblement de terre intérieur d’où surgissent une palette d’émotions. Déni, peur, colère, soulagement, acceptation… Chaque être réagit avec ce qu’il est, avec son histoire. Le défi est alors de vivre avec la perspective de l’effondrement et de construire un nouveau monde. L’effondrement déchaînera-t-il la violence et l’égoïsme ou bien l’altruisme et la solidarité ? Pour les auteurs d’« Une autre fin du monde est possible », il est temps de changer de récit, de paradigme afin de vivre au mieux les tempêtes à venir. Le propre de Sapiens Sapiens est de se raconter des histoires et d’y croire. Le grand récit du XXIe sera peut-être celui de l’effondrement. C’est à nous qu’il appartient de l’écrire.

L’écovolontariat et l’effondrement

Le danger, à l’annonce de ces nouvelles, serait d’arrêter d’agir et de sombrer dans le cynisme et le désespoir. Certes, il semble que la technologie ne nous sauvera pas cette fois-ci. Mais cet argument est-il vraiment valable pour baisser les bras ! La majorité des collapsologues nous alerte sur le danger qu’il y aurait à tout laisser tomber. Au contraire,  c’est même presque naturellement que ces mauvaises nouvelles devraient nous inciter à s’engager, à son échelle, pour la protection de la planète.

Finalement, dans ce récit les différentes missions d’écovolontariat, d’une journée ou de plusieurs mois, ont leur place. J’aime beaucoup la légende du colibris, petit oiseau qui était le seul à s’activer face à un immense incendie, alors que toutes les autres espèces étaient paralysées par l’ampleur de la catastrophe.
Un journée pour nettoyer une plage de ses déchets peut apparaître dérisoire, sauf si les sept milliards d’êtres humains que nous sommes s’y mettent !

Les missions d’écovolontariat font sens, plus que jamais. A ce titre, je voudrais vous parler d’un autre collapsologue, Julien Wosnitza, qui a écrit en 2018 « Pourquoi tout va s’effondrer » où il résume en une centaine de pages les dégâts causés par notre civilisation industrielle. Ce jeune homme, destiné à une carrière de banquier, a entamé un véritable tournant dans sa vie après avoir pris conscience des catastrophes à venir. Aujourd’hui, il porte avec ferveur le projet Wings of the Ocean, un bateau trois mâts qui a largué les amarres pour nettoyer les océans. Et tenez vous bien, il propose à tout un chacun de participer à l’aventure sous la forme de missions d’écovolontariat.

Ressources sur la collapsologie

Livres
« Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes : de Pablo Servigne et Raphael Stevens.
« L’entraide l’autre loi de la jungle » de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle.
« Pourquoi tout va s’effondrer » de Julien Wosnitza.
« Les Limites à la croissance (dans un monde fini) : Le rapport Meadows, 30 ans après »
« Effondrement » de Jared Diamond, un ouvrage très complet sur les causes de l’effondrement de sociétés qui par le passé ont disparu.
« Pétrole apocalypse » d’Yves Cochet.
« L’Âge des low tech, Vers une civilisation techniquement soutenable » de Philippe Bihouix.
« Une autre fin du monde est possible » Pablo Servigne ; Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle. Edition du Seuil collection Anthropocène.

Ressources internet
La chaîne Yutube Presage. Vous y trouverez des podcasts qui questionnent l’état de notre monde, les risques d’effondrement de notre civilisation industrielle, et les façons de se préparer à vivre différemment.
La chaîne Yutube Thinkerview, où vous trouverez un interview de Pablo Servigne.
La web série NEXT sur le thème de la collapsologie.
– Le site internet de Pablo Servigne, chercheur en collapsologie.

Articles parus dans la presse grand public

France Culture : Face aux catastrophes, Collapsologie : comment penser l’effondrement
La fin est proche collapsologie mode d’emploi 20 MINUTES
Collapsologie, désastre mode d’emploi LE POINT
– Effondrement, un processus déjà en marche avec ARRET SUR IMAGE
Geo : Collapsologie : la fin du monde, une opportunité ?
Libération : Collapsologie : un discours réactionnaire ?
Le point : Collapsologie : désastre mode d’emploi
LCI : La fin d’un monde, qui est Pablo Servigne, apôtre de l’effondrement ou père de la collapsologie ?
  Télérama (pour les abonnés : )Le collapsologue Pablo Servigne : “Croire en des catastrophes irréversibles n’empêche pas d’agir”
– Le magazine Usbek et Rica qui a sorti, fin 2018, un numéro spécial effondrement.
– Le Magazine Socialter qui a sorti un hors série, le 30 novembre 2018, sur l’effondrement.

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