Meurtre des deux écovolontaires : faut-il avoir peur de partir ?

Laurence Dupont eco-volontaireEDITO : Le meurtre des deux écovolontaires, Magalie, 22 ans, et Romain, 25 ans tués dans la nuit de samedi 20 août 2016 à dimanche, à Madagascar sur l’île Sainte-Marie, a profondément affecté la communauté des écovolontaires.
Vous avez été très nombreux à réagir à cette triste nouvelle, en montrant votre colère et votre tristesse devant cet acte barbare. Certains d’entre vous ont pu même remettre en question leurs futurs projets de voyage.
Face à l’horreur, il est humain de se poser la question du bien-fondé d’un départ à l’autre bout du monde pour s’engager au sein d’une association de protection de l’environnement.
Face à l’horreur, la peur peut nous envahir à l’idée d’encourir le même risque des deux jeunes Français.
Je voudrais m’arrêter quelques instants sur ce sentiment de peur que tout voyageur, novice ou chevronné, expérimente avant chaque grand départ. Cette peur, elle peut juste vous titiller, comme vous paralyser. Curieusement, c’est avant le départ qu’elle est la plus intense, elle peut même vous suivre jusque devant la porte de votre embarquement, là où vous pouvez encore faire demi-tour.
Partir, c’est laisser derrière soi des repères sécurisants, un monde dont nous connaissons les codes. C’est se confronter à une part d’inconnu, c’est rencontrer l’autre, mais aussi soi-même.
Vous pouvez être déçu par vos propres rêves, avoir du mal avec certaines coutumes, et, dans le pire des cas, faire une très mauvaise rencontre. Ce qui est arrivé à Magalie et Romain est le pire des scénario pour un voyageur.
Alors oui, l’aventure a toujours sa part de risque, même à notre époque hyperconnectée, où le voyageur donne l’illusion d’une proximité, d’un ailleurs semblable.
Magalie et Romain avaient pris la décision de partir au bout du monde pour s’engager auprès de Cetamada, une association de protection des mammifères marins. Tout le monde ne le fait pas. C’est tout en leur honneur. Il faut une certaine bravoure pour prendre ce genre de décision. Et en ce sens, je leur rends hommage.

Mais la peur doit-elle nous paralyser au point de ne plus agir ? De ne plus aller vers ce qui nous anime ? Il est normal d’avoir peur car cela nous permet d’analyser les dangers et de les éviter. Ainsi, chaque voyageur saura se renseigner sur le taux de criminalité d’un pays, son instabilité politique, sur la façon dont les femmes y sont traitées. Lire les avertissements aux voyageurs du ministère des Affaires étrangères ainsi que les rubriques consacrées à la sécurité dans les différents guides est toujours utile. Ecouter les avertissements des habitants du pays visité est une excellente initiative. Toutefois, la peur ne doit pas nous empêcher d’avancer, de voyager et d’oeuvrer pour la protection de l’environnement.
Comme vous sans doute, ce drame m’a fait froid dans le dos à l’idée de mon prochain voyage.
Puis, je me suis arrêtée sur cette citation de Voltaire dans Candide : « Il est certain qu’il faut voyager. »

Laurence Dupont

2 Comments

  • Merci pour ce billet! ces choses doivent être dites…partir n’est pas un geste innocent, tout engagement comporte des risques. Il ne faut pas céder à la peur , ne serai-ce que par respect pour ces jeunes qui croyaient à leur mission.Il faut continuer d’agir et d ‘avancer, et juste prendre conscience de la réalité des pays traversés.De nos jours ,de plus, le danger est partout , On doit continuer à vivre !

  • Merci Laurence d’avoir pris l’initiative de thématiser le sujet à travers un édito. C’est que la plupart des acteurs de l’écovolontariat ne réagissent pas publiquement, par peur que cela pourrait effrayer des candidats au départ.

    Pourtant, d’après les informations publiques à ce jour, rien n’indique que l’engagement des jeunes a quoique ce soit à voir avec le drame. Ils ont eu la malchance de se trouver au mauvais moment face aux mauvaises personnes.

    Il est d’ailleurs intéressant à observer que certains médias ne parlaient pas tout de l’écovolontariat dans les premiers articles, tandis que d’autres le mettre dans le titre. Si qq sort du lot, ça attire malheureusement plus de clics. Donc, un écovolontaire, c’est mieux qu’un touriste lambda, médiatiquement parlant.

    C’est arrivé pendant une mission d’écovolontariat au Madagascar, mais ça pourrait également arriver lors d’un voyage packagé à Ibiza ou un voyage d’affaires à Paris ou une balade dans un parc proche de chez soi.

    Donc, sauf à ne plus jamais franchir le pas de la porte, il ne faut pas se laisser effrayer et continuer à se déplacer, à voyager, à vivre.

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