Samira écovolontaire au GRP : « Ne payez pas pour être pris en photo avec un gibbon »

Au Gibbon Rehabilitation Project de Phuket, j’ai rencontré Samira, assistante vétérinaire, qui a déjà une bonne expérience auprès des singes. Elle a décidé de s’engager pour deux mois auprès des gibbons de Thaïlande.

ecovolontaire.com : Bonjour Samira, tu es écovolontaire au Gibbon Rehabilitation Project (GRP) à Phuket depuis quelques semaines, quelles sont tes premières impressions ?
Samira : Le Gibbon Rehabilitation Project est une association sérieuse qui fait du bon travail. Je suis ici pour deux mois et je ne regrette pas. Le travail de l’écovolontaire est utile au centre. Nous sommes une petite équipe composée d’une douzaine de bénévoles.
Ce que j’apprécie également, c’est le tarif qui est régressif. Plus le bénévole reste longtemps, moins la participation financière est élevée. Je paie 1000 euros pour deux mois. Ce que je trouve correct.

Quel est le travail de l’écovolontaire ?
Le bénévole participe à quasiment toutes les facettes du projet de sauvegarde des gibbons. Il y a la préparation de la nourriture, l’entretien des enclos, la sensibilisation auprès du public… J’apprécie tout particulièrement ce dernier aspect de mon travail. Tous les jours, du public vient et nous proposons des visites guidées gratuites.
Nous travaillons par équipes. Un jour, je peux être à l’accueil du public, un autre à la quarantaine. Le bénévole peut également être amené à faire du repérage de gibbons relâchés en forêt.

Samira : « Le travail des bénévoles est utile ici ».

Quand est-il de la population de gibbons actuellement ?
Les gibbons sont en danger, pour plusieurs raisons. Il y a d’abord les familles qui adoptent des bébés gibbons. Lorsque l’animal grandit, il devient agressif car il vit enfermé et n’a pas la nourriture qui lui convient. Il finit souvent coincé dans une petite cage.
Il y a ensuite le tourisme. Il faut arrêter de se faire prendre en photos avec un gibbon dans la rue. Les gibbons ne supportent pas la présence de tous ces passants. A force de se faire prendre en photo, ils deviennent aveugles à cause des flashs. Leur canines sont souvent arrachées pour qu’ils ne mordent pas. Lorsque les bébés gibbons sont capturés, leur famille est tuée.
Il est pourtant interdit, depuis 1992, d’acheter, de vendre ou de posséder un gibbon sauvage.

Peux-tu nous en dire en peu plus sur le travail du centre ?
Gibbon Rehabilitaion Project travaille sur la réhabilitation et la réintroduction des gibbons. Il mène aussi un gros projet de sensibilisation auprès des touristes et des enfants des écoles.
Le centre recueille des gibbons qui ont été maltraités, soit parce qu’ils avaient été adoptés, soit parce qu’ils étaient utilisés pour l’industrie touristique.
A l’arrivée au centre, ils passent en quarantaine, puis commence un long processus de réhabilitation. Certains seront relâchés dans la forêt protégée de Phuket. Réintroduire dans la nature un gibbon peut prendre des années. Déjà, ils ne faut pas qu’il ait un handicap. Ceux qui ont eu les canines arrachées ou qui ont perdu la vue, ne pourront jamais être autonomes. D’autres, traumatisés par leur vie passée, ne se considèreront jamais comme gibbon et donc n’auront jamais les réflexes nécessaires pour vivre en forêt.
Il est important que le gibbon se reconnaisse comme tel, se détache des humains. C’est pour cela que le public ne voit pas les gibbons qui ont une chance d’être relâchés. Ceux là sont dans des enclos assez loin dans la forêt.
Il est également important que le gibbon sache communiquer avec les siens, qu’il trouve un partenaire. Les gibbons vivent en famille. Ils gardent le même partenaire toute la vie. Notre travail consiste donc à essayer de rapprocher des gibbons mâle et femelle pour voir s’ils sympathisent. On ne relâche jamais un gibbon seul.

As-tu des exemples de réintroduction ?
On peut dire que la politique de réintroduction du Gibbon Rehabilitation Project est un succès. Mais rien n’est jamais gagné. Tu vois celui-là dans la cage, on l’a relâché, en couple. Il a fini par repérer les cris des gibbons du centre et est revenu. Il n’était pas à l’aise en forêt. D’ailleurs au départ, lorsqu’on les relâche, les gibbons ont peur. Ils mettent du temps à reprendre confiance et retrouver leur liberté.

Ce n’est pas ta première mission d’écovolontariat. Quels sont tes projets pour l’avenir ?
Effectivement, j’ai déjà eu une excellente expérience au auprès de Ape Action African, une association qui mène beau travail également. Pour le futur, je pense peut-être retourner en Australie où j’ai déjà habité. J’ai dans la tête un projet de centre de secours et d’adoption de chiens…

Que donnerais-tu comme conseils aux futurs écovolontaires et aux green-trotter qui essaient de pratiquer un tourisme respectueux de l’environnement ?

Pour être ecovolontaire, il faut s’engager dans le projet et avoir un grand respect des animaux. Il est important de se connaître aussi. Nous pouvons être isolés dans une forêt, comme c’était le cas en Afrique. Il faut alors être capable de supporter la solitude. L’écovolontariat n’est pas une thérapie ! Il faut être bien avec soi avant de partir.
Enfin, pour être un touriste responsable, il ne faut jamais payer pour poser avec des gibbons sur des photos, éviter les bars et les restaurants qui utilisent des animaux sauvages pour attirer les touristes,

Que peut-on faire pour aider le Gibbon Rehabilitation Project ?
Être bénévole, mais également faire un don, adopter ou sponsoriser un gibbon. Il est important également de signaler des gibbons exploités.

Propos recueillis par Laurence Dupont

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1 Comment

  • Ni avec un gibbon, ni avec aucun animal sauvage, ou que ce soit dans le monde…lionceaux, tigres, singes, etc etc …. SVP ne supportez pas ce business de la honte!…

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