Témoignage d’un bénévole du programme « Parole d’ours »

Association : Ferus
Mission : Parole d’ours

Ce témoignage a été fourni par l’association Ferus

Au sujet de l’ours, le discours de nombreux médias voudrait que les Pyrénéens, ceux qui habitent dans la montagne, ne soient pas favorables à sa présence. A la rigueur on accepterait bien l’ours pyrénéen bien de chez nous, mais pas le slovène ! Je ne me considère pas comme un vrai montagnard pyrénéen, mais enfin en tant qu’ariégeois il me semblait important d’apporter mon soutien sur le terrain à la cause de l’ours, des prédateurs et d’une certaine idée que je me fais de la nature et des Pyrénées en participant, aux côtés de Ferus, au programme « Parole d’ours ».

Avant de commencer Parole d’ours, j’ai lu et entendu que le programme se déroulait pour le mieux, recevait un bon accueil, que le dialogue engagé avec les gens était très constructif … hormis l’épisode marginal des Pastoralies. C’est dans ce contexte que j’ai débuté ma mission bénévole.

J’évoquerai rapidement l’accueil très amical que j’ai reçu de la part de la petite équipe. Une ambiance fort chaleureuse qui perdurera toute la semaine…

De nos rencontre, discussions et débats, je retiendrai surtout les points suivants. D’abord, j’ai moi-même remarqué le bon accueil général des gens, aussi bien des habitants, des touristes, que des commerçants et autres professionnels rencontrés durant cette semaine. Même lorsque les points de vues étaient différents, la discussion se terminait souvent avec des sourires et des encouragements. « C’est bien que vous ayez ainsi la foi, jeune homme, continuez », me dit un jour une dame dont le père avait chassé l’ours, et qui considérait qu’il était dans l’ordre des choses que cet animal, que ses aïeuls avaient combattu, disparaisse pour de bon. Des discussions ont été très instructives avec des professionnels, comme ce couple de fromagers utilisant des patous pour protéger leur troupeau et contrariés par les agissements de certains de leurs collègues. Nombreux ont été les commerçants qui ont acceptés nos documents, nos affiches, qui ont engagé des discours très positifs, allant en cela à l’opposé de certains offices de tourisme … Politique, quand tu nous tiens !

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Il me semble très important que cet effort de communication, d’échanges soit entretenu, renforcé. En effet, ce sont toujours les mêmes stéréotypes et contrevérités qui reviennent à la question de savoir ce que les gens pensent de l’ours dans les Pyrénées. Et ce même lorsque les gens sont a priori favorables à la conservation de l’ours : « oui je suis pour, mais c’est vrai que d’avoir pris des ours slovènes élevés à la viande… » est un exemple de réflexion très souvent entendue. Aussi, le fascicule que nous avons distribué, « Ours : 10 erreurs fréquentes », me semble très pertinent et devrait je pense être plus largement diffusé.

J’ai été étonné par un autre point : la contradiction entre le discours général favorable à la protection de la nature et le sujet de l’ours. En effet, aux gens qui me disaient ne pas être favorables au maintien de l’ours dans les Pyrénées (toujours pour les même raisons en fait : incompatibilité avec le pastoralisme, sommes considérables mal dépensées, dangerosité supposée de l’animal), je leur demandais s’ils étaient, plus généralement, sensible à la protection de la nature. Ils répondaient par l’affirmative à chaque fois. « Mais vous venez de dire que vous ne vouliez pas qu’on protège l’ours ! ». « L’ours c’est pas pareil, on l’a éliminé, c’est bien pour quelque chose… » ou bien « oui mais la protection de la nature est un sujet plus vaste qui ne concerne pas forcément l’ours. On devrait employer tout cet argent pour résoudre les vrais problèmes ». J’avoue que j’ai eu du mal, à chaque fois, à comprendre en quoi la protection de la nature, pour ces gens, excluait la protection d’une de nos espèces les plus emblématiques. Ou plutôt, je le comprends ainsi : il faut protéger non pas la nature, dans tout ce qu’elle a de sauvage, d’incontrôlable, qui nous dépasse, mais la « nature » proprette, domptée, soignée par nos soins. Ainsi plus généralement, l’information, l’éducation des gens devrait être axée, dès l’origine, non pas seulement sur un sujet comme l’ours, mais plus globalement sur une certaine idée de la nature. Une tâche colossale, sociétale, civilisationnelle en réalité !

C’est encore sur ce sujet de la représentation de la nature qu’a le « grand public » que se fonde, à mon avis, l’idée évoquée plusieurs fois (curieusement par nombre de personnes favorables à l’ours) de « parquer » les ours dans d’immenses enclos. Bien sûr, pour eux, ce serait des parcs immenses, qui engloberaient des massifs entiers… L’idée que l’ours puisse vivre libre, totalement, est selon moi incompatible avec de tels projets. Quant à leur pertinence biologique (consanguinité, déplacements territoriaux, etc.)…

En tout cas, j’ai pu remarquer que l’ours est un sujet que les gens se sont pleinement approprié. Toutes les personnes avec qui j’ai discuté avaient un avis sur la question, en tout cas avaient entendu parlé du sujet de l’ours dans les Pyrénées. J’ai souvent constaté que les touristes refusaient de s’exprimer sous prétexte de n’être « pas d’ici ». Comme si avoir un avis sur la protection des espèces sauvages ne concernait qu’une petite partie de la population. Il me semble légitime de pouvoir donner mon avis sur la situation du gorille ou même du lynx pardelle, même si je ne suis pas africain, ni espagnol (quoiqu’un peu des deux !). Tout le monde peut et doit donner son avis sur la protection de la nature, et de l’ours en particulier ! Il est important que le groupuscule d’ultras dont on a bien vu qu’il n’avait pas de soutien franc en dehors d’un axe politico-médiatique local, ne soit pas considéré par les gens comme la seule entité légitime pour parler d’ours. Cette minorité qui voudrait, par ses actes parfois illégaux et ses discours souvent violents, confisquer à son seul profit un territoire qui ne lui appartient qu’en partie.

L’ours constitue je pense un sujet très fantasmatique. Comme je sais que c’est un animal très rare, quasiment impossible à voir, le nombre de personnes que l’on a interrogées qui disent l’avoir vu, ou avoir vu des indices (crottes, empreintes) m’a laissé vraiment perplexe… Pourquoi pas après tout ! Mais lorsque Frédéric Decaluwe, de l’Equipe Technique Ours, nous a dit que des gens confondaient des marmottes avec des oursons…

Pour finir j’évoquerai justement notre visite à l’Equipe Technique Ours qui fut très intéressante et qui nous montra jusqu’où certains pouvaient aller pour signifier leur aversion de l’ours : vol de matériel, dérangement lors des interventions de terrain… Cela fait se poser la question quant à la détermination de l’Etat de protéger l’espèce et accessoirement ses agents qui subissent de telles intimidations.

Cette semaine aura été très intéressante, pleine d’échanges et de discussions passionnées et passionnantes sur l’ours et, plus généralement, sur le rapport de l’homme à la nature. Nos discussions m’auront donné envie de découvrir des régions comme la Slovénie ou les Asturies. Cela a été aussi l’occasion de découvrir des vallées pyrénéennes que je ne connaissais pas. La randonnée dans le parc des Pyrénées a été également un moment superbe.

Je tiens à remercier très sincèrement toute l’équipe de Ferus pour son accueil et j’espère pouvoir collaborer à nouveau sur de tels projets.


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