La protection de la biodiversité a-t-elle un avenir ?

1 De la naissance du mot biodiversité à l’engagement
> En 1986, aux Etats Unis, la National Academy of Science co-organise un sommet appelé « biological diversity » où des biologistes et des philosophes sont invités à débattre. Les actes du colloques publiés deux ans plus tard se nomment « Biodiversity ». Ce mot franchit très vite les frontières et fait son entrée au Muséum d’histoire naturelle de Paris en 1989.

>En 1992, le mot biodiversité se répand dans les médias, lors du Sommet de la Terre tenu à Rio. Cette année là, la convention internationale sur la diversité biologique est signée. Les questions sur l’appartenance de la biodiversité et son exploitation sont clairement posées.

> C’est en 2002 que le mot biodiversité passe dans le langage courant, grâce au sommet de Johannesburg. Nous assistons à une réelle prise de conscience du déclin des espèces de la part de chefs d’Etats qui décident, dans le cadre d’un plan stratégique, d’arriver, en 2010, à une réduction significative de l’érosion de la biodiversité.

> En 2010, aucun des 193 pays signataires de la convention signée à Johannesburg n’a atteint son objectif. Un plan stratégique  2011 – 2020 est en cours d’élaboration à l’ONU. Il pourrait être adopté lors de la Convention sur la diversité biologique au Japon à Nagoya en octobre 2010.
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Biodiversité : le continent africain se prépare à l’approche de la conférence de Nagoya

« On est aveugles, le Giec de la biodiversité nous donnera des yeux » (Terre Eco)

2 Quand est-il du déclin de la biodiversité ?

>  Actuellement, environ  1,9 million d’espèces ont été recensées. Or, les scientifiques reconnaissent à l’unisson que la plus grande partie des espèces n’a pas encore été comptabilisée, et ce, malgré tous les inventaires réalisés depuis 350 av JC, date de la 1ere classification scientifique par Aristote. Chaque année, 18 000 nouvelles espèces sont découvertes grâce aux expéditions des naturalistes.
Selon les estimations, seulement  1/5 des espèces vivantes seraient recensées. D’où la difficulté d’estimer la disparition des espèces.

> L’UICN (L’union internationale de la conservation de la nature) a établi une liste rouge planétaire afin de mieux saisir l’érosion de la biodiversité. En 2008, le point a été fait sur  44 838 espèces. Là dessus,  17 000 espèces seraient menacées. Cette liste rouge est régulièrement mise à jour.

> La disparition de la faune et de la flore en raison des activités humaines a été mise en évidence dès la première moitié du XXe siècle.  Le 1er juin 1923, lors du premier congrès international de la protection de la nature, tenu au Muséum de Paris, l’Américain William Temple Hornaday est alarmant : « Nombre d’espèces ont déjà disparu (…) leur diminution fait prévoir un anéantissement général. »
En 1999, François Ramade publie un livre titré « Le grand massacre ».
Aujourd’hui, les scientifiques s’accordent pour dire que la vitesse de la disparition des espèces s’est largement accélérée.

> Vers la sixième crise ?
La terre a déjà connu cinq crises massives lors desquelles la biodiversité a fortement été endommagée. Certes elle s’en est toujours sortie. Aujourd’hui, la sixième crise semble poindre à l’horizon en même temps qu’elle trace son chemin dans les consciences. Est-elle pour autant comparable aux précédentes ? Une  différence s’impose. Alors que les premières s’étalaient sur 1 ou 2 millions d’années, la prochaine crise repose sur quelques siècles.  Enfin, des scientifiques tel Patrick Blandin, s’opposent à ce parallèle car « jamais le monde vivant n’avait été attaqué par l’un de ses membres.»

3 Les conséquences de l’érosion de la biodiversité


>  L’inquiétante disparition des abeilles.
Les abeilles font aujourd’hui l’objet de toutes les attentions. Alors que plus de 80% des fruits et légumes dépendent  des insectes pollinisateurs, les abeilles sont aujourd’hui victimes d’une maladie appelée « syndrome d’effondrement des colonies. Si elles devaient disparaître, le manque à gagner pour l’économie mondiale pourrait être énorme, dans certaines régions du monde la pollinisation de certains arbres fruitiers est déjà nécessaire.

> Perte des médicaments
Plus de la moitié des médicaments sont des composés chimiques de molécules découvertes dans la nature et environ 25% des prescriptions en sont directement issues.  Actuellement, sur les 50 000 plantes médicinales,  15 000 seraient menacées d’extinction.
De nouveaux antibiotiques, antalgiques ou encore des traitements contre le cancer pourraient ne pas voir le jour à cause de l’érosion de la biodiversité.

> Diminution des zones humides
Les zones humides sont parmi les écosystèmes les plus riches au monde, mais aussi les plus menacés. Transition entre la mer et la terre, ces zones, souvent composées de mangroves, sont de véritables garde-manger et servent de barrière contre les ouragans.
Lire aussi dossier sur la mangrove

> L’uniformisation de la nature
Les langues, les cultures, s’homogénéisent de par le monde. La biodiversité aussi. Cette uniformisation est liée en partie à l’introduction de plantes au sein de continents, mais aussi à l’uniformisation des cultures choisie pour des raisons de rentabilité.

4 L’avenir de la  protection de l’environnement

orqueL’avenir des politiques de protection de la nature se pose avec autant d’acuité que l’un des derniers sommets, celui de Copenhague, s’est révélé être un échec. Ce blocage  n’a cependant pas signé l’arrêt du dialogue entre les nations, ni celui des différentes ONG qui agissent partout dans le monde.
De nombreuses solutions existent, à grande ou petite échelle. En voici deux exemples :
> En Afrique, continent le plus affecté par la désertification des sols, les Etats du Sahel ont lancé un projet appelé la grande muraille verte. Cette ceinture d’arbres qui devrait stopper l’avancée du désert, pourrait être longue de 7000 kilomètres.
> Dans le monde des corridors verts sont protégés, voir créés lors de la construction d’une autoroute par exemple. La plupart des espèces ont besoin de circuler pour survivre.

Laurence Dupont
Ce dossier a été réalisé à partir de l’exposition « Biodiversité : la fin du sauvage ? » à la Cité des Sciences, et de l’ouvrage de Patrick Blandin « Biodiversité, l’avenir du vivant »